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JABBERWOCKY

BEATS INTRANSIGEANTS ET PIANO ORGANIQUE

JABBERWOCKY

LABEL Polydor
AGENT Kolia RUSTIN
PRESS REVIEWS

Pour identifier un groupe, il suffit parfois de deux notes, et c’est l’impact indélébile d’un hit qui va toucher de façon massive un public submergé d’information et de propositions musicales renouvelées. Ainsi commence l’histoire de Jabberwocky avec Photomaton.

Mais Jabberwocky, c’est aussi et d’abord trois amis de longue date aux formations bien différentes, composé par Camille (formé au conservatoire de piano), Emmanuel (autodidacte de la guitare et de la basse) et Simon (sampling et MAO) qui a initié le trio aux musiques électroniques.

En 2015 le groupe livre son premier album, Lunar Lane, un projet liminaire de haute tenue, précipité d’electro à refrains soul, égaré dans une ambiance crépusculaire et introspective.A cet univers fort et singulier se mêle une esthétique sophistiquée supportée par des clips réminiscents d’Alice Au Pays des Merveilles, dévoilant une propension aux double sens, à l’onirisme, à l’équilibre entre réel et imaginaire. Le nom de Jabberwocky, comme écho au poème du même nom de Lewis Caroll prend alors tout son sens.

Pour son nouvel album, le groupe a choisi d’arpenter cette fois des rivages plus solaires et décide de s’absenter de son Poitiers natal pour se retrancher dans une bulle extérieure à la douceur émolliente de la ville aux cent clochers.Dans le studio de Julien Galner (Château Marmont) où ils prévoyaient de travailler à quelques titres, ils ont finalement accouché d’un album entier. Polyvalents en studio, plus centrés sur une pratique instrumentale spécifique sur scène, les trois de Jabberwocky ont ainsi usiné une série de chansons atmosphériques décorées de sourire et de bonne humeur : des titres enjoués, légers comme autant de bulles de savon parfumé, qui rebondissent sur des beats savants aptes à faire danser les plus renfrognés.

Héritiers d’une école française sophistiquée, Jabberwocky assume un héritage qui va de la musique de film d’un François de Roubaix ou d’un Michel Magne, à l’élégance des chansons des Christophe ou Bashung, et le vêt des sonorités de l’électro dans sa définition la plus pure.Une fois ces chansons forgées, ils partent en quête des interprètes qui vont les chanter. Des rencontres sur les tournées, sur le net, des connections d’entourage… « L’idée c’est d’échanger, de partager… de façon à ce que chaque morceau soit singulier du fait de la participation de telle ou telle personne ».

De cette formule naît une liberté incomparable, née du partage que ces collaborations provoquent. Le groupe ouvre ainsi ses inspirations de mélodies et de paroles à l’apport bénéfique d’artistes extérieurs, qui permettent de donner une teinte différente à chaque chanson, assortie au sentiment qu’elle dégage.

On savoure à nouveau cette liberté sur Make-Make, deuxième album au titre clin d’oeil à « Maké Maké », une divinité de la création originelle de l’ile de Pâques. Mais dans la tradition de jeu de langage, le jeu l’écriture se fera à l’anglaise, pour le double sens.Un deuxième effort qui parle beaucoup d’amour et de séduction (avec une extra-terrestre, un fantôme, ou dans des états seconds…). La liste des invités fait encore la part belle aux jeunes femmes aux organes chatoyants : Tessa B (déjà repérée avec Synapson), Elisa Jo, la surfeuse chanteuse Justine Mauvin, les américaines Allyson Ezel et Tif Lamson, ou encore Anna Majidson, du duo Haute, poitevine comme eux, mais élevée en Californie et révélée à Montréal. Ce florilège de voix éthérées, tourbillonnantes, esquisse un univers doux, parfois mâtiné de nostalgie fugace, et toujours relevé de samples malins, de gimmicks accrocheurs, qui additionnés à des mélodies lisibles convoque la probabilité de tubes en cascade.

Jamais mièvre, ni pour autant vulgaire comme tant de sonorités électro calibrées pour goinfrer en sucre de synthèse le public adolescent, le son de Jabberwocky est à l’image des mots-valises du poème de Lewis Caroll : fluide, attachant et inventif.

Du crypto-disco Honeymoon chanté par Tessa B au phrasé d’une Chaka Khan adolescente, on passe à l’instrumental Hurly Burly ourlé comme une musique de film seventies, avant qu’Elisa Jo n’emballe deux titres de sa voix délicatement voilée. Le producteur New Yorkais Gibbz est lui aussi présent sur une paire de titres d’une sorte de soul de chambre, Night Time et Take Me Home. Avec Blow, ils sont les représentants masculins au sein d’un team de featurings variés. Allyson Ezell est présente elle aussi sur deux chansons, l’optimiste Lighter Day et l’entêtant Rosebud qu’elle partage avec Sly Johnson (Saian Supa Crew). Justine Mauvin ensorcelle quant à elle tous les requins bouledogues de son Ile Intense grâce à un No Echo joliment addictif alors qu’Anna Majidson hante une paire de titres de sa voix soyeuse et un peu lointaine, pour clore un album tout en nuances chaleureuses.

« La musique est une belle aventure de vie, de rencontres, et comme c’est avant tout une vieille histoire d’amitié, il faut cultiver ça à fond. ».

Jabberwocky cultive cette amitié, moteur d’un itinéraire qui les conduit à un Olympia très attendu le 21 avril dernier et marquera une tournée riche en étapes diverses. Devant le miroir d’un public enchanté et qu’on devine prêt à danser intelligent, les trois comparses offriront une grâce moderniste et une fraîcheur mélodique.

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